Un frontalier en Suisse touchera à la retraite une rente AVS (de 1 260 à 2 520 CHF par mois en 2026, plus une 13e rente à partir de décembre 2026), sa prévoyance professionnelle LPP en rente ou en capital, et une retraite française pour ses années travaillées en France. Résident en France, il y est imposé sur ses pensions suisses privées. Le capital LPP versé en une fois peut, sur option, être taxé à 7,5 % après un abattement de 10 %. Les rentes suisses sont payées en francs : le taux de change fait varier leur valeur en euros.
Travailler en Suisse et vivre en France, c'est cotiser à deux systèmes de retraite. À l'arrivée, les pensions viennent des deux pays, dans deux monnaies, avec une fiscalité française. Voici comment s'organiser, avec les chiffres de 2026.
Le 1er pilier : l'AVS
- Rente : de 1 260 à 2 520 CHF par mois en 2026 pour une carrière complète, soit 44 années de cotisation. Chaque année manquante réduit la rente.
- 13e rente : votée en 2024, elle est versée pour la première fois en décembre 2026 et vaut un douzième des rentes de l'année.
- Âge de référence : 65 ans pour les hommes. Pour les femmes, il passe progressivement à 65 ans : 64 ans et 6 mois pour celles nées en 1962, 65 ans à partir de la génération 1964. La rente peut être anticipée ou ajournée entre 63 et 70 ans.
| Pilier | Repère 2026 | Fiscalité pour un résident de France |
|---|---|---|
| 1er pilier (AVS) | Rente de 1 260 à 2 520 CHF par mois ; 13e rente dès décembre 2026 | Barème de l'impôt sur le revenu |
| 2e pilier (LPP) | Obligatoire dès 22 680 CHF de salaire ; taux de conversion minimal de 6,8 % | Rente au barème ; capital versé en une fois taxable à 7,5 % après abattement de 10 %, sur option |
| 3e pilier A | Jusqu'à 7 258 CHF par an | Déductible seulement en taxation ordinaire ultérieure |
| Retraite française | Âge légal de 62 ans et 9 mois à 64 ans selon la génération | Barème de l'impôt sur le revenu |
Le 2e pilier : la LPP
La prévoyance professionnelle est obligatoire dès 22 680 CHF de salaire annuel. À la retraite, l'avoir se convertit en rente, au taux minimal de 6,8 % sur la part obligatoire, ou se retire en capital selon le règlement de la caisse. Pour un départ de Suisse avant la retraite, la part obligatoire ne peut pas être retirée si vous êtes assuré à un régime de retraite obligatoire dans l'Union européenne, donc en France : elle reste sur un compte de libre passage jusqu'à la retraite. La part surobligatoire peut être versée.
Le 3e pilier A
Jusqu'à 7 258 CHF par an en 2026 pour un salarié affilié à la LPP. Il n'est intéressant que si vous pouvez déduire les versements de vos revenus imposables en Suisse, c'est-à-dire en taxation ordinaire ultérieure, notamment à Genève sous le statut de quasi-résident. Pour un frontalier des cantons de l'accord de 1983, imposé en France, il n'apporte pas d'avantage fiscal. Depuis 2026, les versements manquants des années 2025 et suivantes peuvent être rattrapés, si vous aviez un revenu soumis à l'AVS l'année manquée et l'année du rattrapage, et si vous versez le maximum l'année du rattrapage.
La retraite française
La Suisse applique les règles européennes de coordination : les trimestres suisses comptent pour ouvrir le droit à la retraite française et atteindre le taux plein, mais chaque pays ne paie que la part correspondant aux années passées chez lui. L'âge légal français, après la suspension de la réforme de 2023, est de 62 ans et 9 mois pour les personnes nées entre 1963 et mars 1965, puis augmente jusqu'à 64 ans pour la génération 1969. Cette suspension est provisoire.
La fiscalité des pensions suisses
- Rentes AVS et LPP : pour un résident de France, elles sont imposables en France au barème de l'impôt sur le revenu, selon la convention franco-suisse. Font exception les pensions versées par un employeur public suisse, imposées en Suisse.
- Capital LPP : versé en une seule fois, et si les cotisations étaient déductibles ou liées à un revenu exonéré, il peut, sur option, être imposé à 7,5 % après un abattement de 10 % (article 163 bis du CGI), au lieu du barème. L'impôt prélevé à la source en Suisse peut être récupéré.
- Prélèvements sociaux : ils dépendent de votre affiliation à l'assurance maladie, française ou suisse. Si vous touchez aussi une retraite française, vous relevez en principe de l'assurance maladie française ; le choix de l'assurance suisse n'est ouvert, sous conditions, qu'aux titulaires de pensions uniquement suisses. Le CLEISS détaille ces règles.
Comment compléter, et en quelle monnaie ?
Les rentes AVS et LPP sont versées en francs suisses. Le 29 septembre 2026, 1 € valait 0,946 CHF (BCE) ; une hausse de l'euro réduirait la valeur de ces rentes en euros. Constituer une épargne en euros, en France, équilibre ce risque : assurance vie pour la souplesse et la transmission, immobilier locatif pour des revenus. Le PER n'a d'intérêt que si vous êtes imposé sur votre salaire en France. Notre article sur les investissements des frontaliers détaille ces choix.
Cet article est une information générale. Il ne constitue pas un conseil personnalisé : toute décision suppose l'examen préalable de votre situation.
Sources : AVS/AI, mémento rentes (2026) ; OFAS, 13e rente AVS ; OFAS, 3e pilier ; CLEISS, coordination européenne ; service-public.gouv.fr, âge légal ; convention fiscale franco-suisse du 9 septembre 1966, art. 20 et 21 ; CGI, art. 163 bis.
Questions fréquentes
Un frontalier touche-t-il l'AVS ?+
Oui. Il cotise à l'AVS et touche une rente proportionnelle à ses années de cotisation, même s'il vit en France. La rente complète suppose 44 années.
Peut-on retirer son 2e pilier en partant de Suisse ?+
Seulement la part surobligatoire si vous êtes assuré à un régime de retraite obligatoire dans l'Union européenne. La part obligatoire reste sur un compte de libre passage jusqu'à la retraite.
Comment le capital LPP est-il imposé en France ?+
Versé en une seule fois, il peut, sur option, être imposé à 7,5 % après un abattement de 10 %. Sinon, il est imposé au barème.
Les années travaillées en Suisse comptent-elles pour la retraite française ?+
Oui pour ouvrir le droit et atteindre le taux plein. Chaque pays verse ensuite sa propre pension, calculée sur les années passées chez lui.