Le private equity finance des entreprises non cotées. Il apporte à un patrimoine un moteur de performance distinct des marchés cotés et de l'immobilier, en échange d'un capital bloqué cinq à dix ans et d'un risque réel de perte. Un particulier y accède par des fonds (FCPR, FPCI, FCPI, FIP) ou par des unités de compte en assurance vie et en PER, dont la gestion pilotée en comporte une part minimale depuis le 24 octobre 2024. Les gains de FCPR sont exonérés d'impôt sur le revenu sous conditions, avec 18,6 % de prélèvements sociaux ; sinon, le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % s'applique. Un repère courant, non prescriptif, limite le non coté à 5 à 10 % du patrimoine financier.
Un patrimoine diversifié ne se limite plus à l'immobilier, aux fonds euros et aux actions cotées. Le capital-investissement, longtemps réservé aux institutionnels, s'est ouvert aux particuliers par des fonds accessibles à partir de quelques milliers d'euros et par les contrats d'assurance vie et les plans d'épargne retraite. Cet article se place au niveau de la stratégie : à quoi sert le non coté dans une allocation, par quels véhicules y accéder, à quelle fiscalité et avec quels risques. Le fonctionnement détaillé des FCPR fait l'objet de notre article Investir avec les FCPR.
Pourquoi le private equity diversifie-t-il un patrimoine ?
Le private equity consiste à entrer au capital de sociétés non cotées pour financer leur lancement, leur croissance ou leur transmission, puis à revendre la participation après plusieurs années. Sa valeur ne dépend pas des cotations quotidiennes mais de la trajectoire des entreprises financées et du prix obtenu à la revente. Cette source de performance se comporte différemment des actions cotées et de l'immobilier, ce qui réduit la dépendance d'un patrimoine à un seul moteur. La décorrélation n'est que partielle : une récession touche aussi les PME non cotées, avec un décalage, et les valorisations suivent avec retard celles des marchés.
Le non coté donne aussi accès à des entreprises absentes de la bourse : PME et ETI régionales, sociétés innovantes, infrastructures. L'épargnant finance l'économie réelle et accepte en échange un horizon long. C'est un complément à une allocation déjà construite, selon la méthode décrite dans Diversification patrimoniale : la méthode, et non un substitut aux placements liquides.
Quels véhicules sont accessibles aux particuliers ?
| Véhicule | Pour qui | Fiscalité des gains | Blocage |
|---|---|---|---|
| FCPR (fonds commun de placement à risques) | Tout souscripteur ; fonds agréé par l'AMF, 50 % au moins de non coté | Exonération d'impôt sur le revenu sous conditions ; prélèvements sociaux de 18,6 % | 5 à 10 ans |
| FPCI (fonds professionnel de capital investissement) | Investisseurs avertis, 100 000 € en principe | Exonération sous conditions si le fonds respecte le quota fiscal ; sinon PFU de 31,4 % | 5 à 10 ans |
| FCPI et FIP | Tout souscripteur ; réduction d'impôt de 30 % recentrée sur les fonds investis en jeunes entreprises innovantes et sur les FIP Corse et outre-mer | Exonération d'impôt sur le revenu après 5 ans ; prélèvements sociaux dus | 5 ans au moins, 7 à 10 en pratique |
| Unités de compte en assurance vie | Tout souscripteur, selon l'offre de l'assureur | Fiscalité du contrat : prélèvements sociaux de 17,2 %, abattement après 8 ans | Rachat possible selon les règles de liquidité du support |
| Unités de compte en PER | Tout souscripteur, selon l'offre du gestionnaire | Fiscalité du PER à la sortie | Jusqu'à la retraite, hors cas de déblocage anticipé |
La loi industrie verte a renforcé la place du non coté dans les enveloppes grand public. Depuis le 24 octobre 2024, la gestion pilotée des contrats d'assurance vie doit comporter au moins 4 % d'unités de compte non cotées en profil équilibré et 8 % en profil dynamique ; les grilles de gestion à horizon des PER en incluent de 2 % à 15 % selon le profil et la durée restant avant la retraite. En gestion libre, rien n'est imposé. Ces unités de compte reposent sur des FCPR, FPCI ou fonds européens de long terme (ELTIF), chacun avec ses règles de liquidité.
Quelle fiscalité s'applique ?
La fiscalité dépend du véhicule, pas de l'entreprise financée. Les gains des parts de FCPR sont exonérés d'impôt sur le revenu (articles 163 quinquies B et 150-0 A du Code général des impôts) si le fonds respecte son quota de 50 % de non coté, si le porteur conserve ses parts cinq ans, s'il réinvestit les distributions pendant cette période et s'il ne détient pas, avec sa famille, plus de 25 % d'une société du portefeuille. Les prélèvements sociaux restent dus dans tous les cas, au taux de 18,6 % depuis 2026. Si une condition manque, les gains relèvent du prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % (12,8 % d'impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux).
Les FCPI et FIP ajoutent une réduction d'impôt à l'entrée, aujourd'hui réservée aux fonds investis à 70 % au moins en jeunes entreprises innovantes et aux FIP Corse et outre-mer, au taux de 30 %. En assurance vie et en PER, c'est la fiscalité de l'enveloppe qui s'applique, avec des prélèvements sociaux de 17,2 % pour l'assurance vie. Aucun de ces régimes n'est garanti dans le temps : la loi de finances peut les modifier.
Quels risques faut-il accepter ?
- Blocage : les rachats sont en pratique impossibles avant la fin de vie du fonds, qui peut dépasser dix ans avec les prorogations. L'AMF le rappelle en ces termes : il est « en pratique impossible d'obtenir le rachat de vos parts avant la fin de la durée de vie du fonds ».
- Courbe en J : les premières années, la valeur liquidative baisse souvent, le temps que les frais soient absorbés et que les participations prennent de la valeur. Les gains, s'ils viennent, arrivent en fin de vie du fonds.
- Perte en capital : certaines entreprises échouent. La diversification du fonds atténue le risque sans l'annuler ; la perte totale ou partielle reste possible.
- Valorisation et frais : la valeur liquidative repose sur des estimations, pas sur un prix de marché. Les frais de gestion, souvent supérieurs à 2 % par an, et la commission de performance pèsent sur le résultat net. Les performances passées des millésimes précédents ne préjugent pas de celles du fonds souscrit.
Quelle place lui donner dans un patrimoine ?
Le private equity vient après l'épargne de précaution, l'assurance vie et les placements liquides. Un repère courant, à titre indicatif et non prescriptif, limite le non coté à 5 à 10 % au plus du patrimoine financier, pour la seule épargne dont vous n'aurez pas besoin pendant dix ans. Deux pratiques réduisent les à-coups : étaler les souscriptions sur plusieurs millésimes et combiner plusieurs stratégies (capital-développement, transmission, infrastructures).
Les voies d'accès, dont le remploi du produit de cession d'une entreprise, sont détaillées dans Investir dans le private equity : mode d'emploi. La part à retenir, le véhicule et l'enveloppe se décident sur votre horizon, votre taux d'imposition et le reste de votre patrimoine.
Ce contenu est une information générale ; il ne constitue pas un conseil personnalisé. Les placements présentés comportent un risque de perte en capital, et les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Seule l'étude de votre situation, de vos objectifs et de votre horizon permet de décider : un bilan patrimonial est le point de départ.
Sources : AMF, investir via un fonds de capital-investissement (FCPR, FCPI, FIP) ; BOFiP, BOI-RPPM-PVBMI-10-20, exonération des gains de parts de FCPR (10 avril 2025) ; BOFiP, réduction d'impôt FCPI et FIP ; loi n° 2023-973 du 23 octobre 2023 relative à l'industrie verte, décret n° 2024-713 du 5 juillet 2024 et arrêtés du 1er juillet 2024 (Légifrance), analysés par Clifford Chance, juillet 2024 ; articles 163 quinquies B et 150-0 A du Code général des impôts.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le private equity ?+
Le private equity, ou capital-investissement, consiste à entrer au capital d'entreprises non cotées en bourse pour financer leur création, leur croissance ou leur transmission, puis à revendre la participation après plusieurs années. Un particulier y accède par des fonds (FCPR, FPCI, FCPI, FIP) ou par des unités de compte en assurance vie et en PER. Le capital est bloqué et n'est pas garanti.
Quelle part de son patrimoine consacrer au private equity ?+
Il n'existe pas de règle. Un repère courant, non prescriptif, est de 5 à 10 % au plus du patrimoine financier, réservé à l'épargne dont vous n'aurez pas besoin pendant dix ans, une fois constituées l'épargne de précaution et les placements liquides. La part dépend de votre horizon, de votre tolérance au risque et du reste de votre patrimoine.
Comment sont imposés les gains du private equity ?+
Les gains des parts de FCPR sont exonérés d'impôt sur le revenu si le fonds respecte son quota de 50 % de non coté, si vous conservez vos parts cinq ans, si vous réinvestissez les distributions pendant cette période et si vous ne détenez pas plus de 25 % d'une société du portefeuille ; les prélèvements sociaux de 18,6 % restent dus. À défaut, le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % s'applique. En assurance vie ou en PER, c'est la fiscalité de l'enveloppe qui s'applique.
Le non coté est-il obligatoire dans mon assurance vie ou mon PER ?+
Seulement en gestion pilotée. Depuis le 24 octobre 2024, en application de la loi industrie verte, les profils équilibré et dynamique de la gestion pilotée en assurance vie doivent comporter une part minimale d'actifs non cotés (4 % et 8 %), et les grilles de gestion à horizon des PER une part comprise entre 2 % et 15 % selon le profil et la durée restant avant la retraite. En gestion libre, vous choisissez.